La cérémonie de culte des feux du foyer au Vietnam

La cérémonie de culte des feux du foyer au Vietnam – ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Le feu, dans son caractère physique, énergétique apporte la chaleur, utilisée pour chauffer et cuisiner dans les foyers. Mais un foyer sans feu veut dire aussi un foyer sans âme, car un foyer avec du feu est un foyer chaleureux, de bien-être pour ses habitants. Nos habitations modernes sont chauffées par les systèmes de radiateurs alimentés par le gaz, le fioul ou l‘électricité. Ces modes de chauffage et leurs chaleurs ne peuvent donc pas remplacer une vraie cheminée chauffée avec du vrai bois, qui procure la chaleur et en même temps un ambiance chaleureuse, conviviale, familiale, amoureuse pour tous ceux, liés et soudés par amour ou par amitié, s‘asseyant ensemble devant leur cheminée.
Au Vietnam, le temps moderne amène aussi les cuisines modernes chez les familles riches, on veut montrer démonstrativement, qu‘on est désormais capable d‘avoir le même niveau de vie moderne que les occidentaux. Une belle cuisine du sol jusqu‘au plafond pour montrer, oui, quoique l‘importance dans une cuisine c‘est la cuisinière, quelqu‘un qui fait des bon plats plusieurs fois par jour et tous les jours, toute la vie avec soin et amour !
Chez ma mère, où nous vivions , elle avait fait construire une cuisine traditionnelle. C‘était une „table“ construite en briques, largeur environ 50 cm, longueur 1,50 m, hauteur 70 cm, carrelée en faïence, aménagée de trois trous de trois dimensions différentes pour y mettre trois foyers en terre cuite. Sous la table était le dépôt des petits morceaux de bois et de charbon. Une cuisinière était chargée d‘y faire deux fois par jour, les repas pour toute la famille. À côté de cette table fixe, il y avait une salle d‘eau, carrelée, avec un bassin d‘eau de réserve, construit aussi en brique et cimenté.  On fait la vaisselle avec les cendres froides des foyers. Tout était simple et fonctionnel.
Nous étions tellement nombreux qu‘elle devait servir chaque repas en deux fois, la salle à manger n‘avait qu‘une table à 10 couverts. Considérés comme membres de famille de ma mère, étaient aussi les ouvriers de mon père, la secrétaire de ma mère, les femmes de chambres, les nourrices et la cuisinière et ses deux propres enfants. Ils étaient logés et nourris, même soignés dans les cas de maladie, chez nous.
Le culte des feux du foyer, ou culte du Génie du feu (Cúng Ông Táo), veut que chaque année, fixé au 23 décembre lunaire, exactement une semaine avant le dernier jour de l‘année lunaire, la famille doit faire une cérémonie. Cette cérémonie familiale a un double sens: le Génie du feu part au Ciel (c‘est à dire il prend congé de sa fonction terrestre), pendant les trois premiers jours de l‘année la cuisine reste sans feu (c‘est à dire la cuisinière ne doit plus faire la cuisine, la famille mange des plats froid) jusqu‘au retour du Génie du feu, au 4ème jour de la fête du Têt. Le Génie du feu et la cuisinière ont congés, donc, il faut prévoir un stock de plats froids pour „survivre“ les trois jours de la fête du Tết.
Cette situation fait que, les touristes étrangers, comme nous (!), restent plantés devant plusieurs portes fermées des restaurants en ville pendant les trois, quatre  jours de la fête du Tết, on se sait où se nourrir ! Dernier refuge pour les touristes sont les restaurants des grand-hôtels quatre étoiles, qui nous demandent en conséquence des prix aussi salés d’une façon gastronomique.
Donc, le 23 décembre la famille doit célébrer le départ au Ciel du Génie du feu avec les offrandes: libérer les poissons rouges dans l‘eau, un repas copieux doit être fait et mis à l‘autel des ancêtres, brûler les habits du Génie du feu et l‘argent symbolique (!) en priant qu‘ il ne rapporte que du bien sur la famille au Ciel (en clair, on craint la punition du Ciel si on a fait du mal dans l‘année). Les artistes ne cessent de créer des pièces de théâtre, des comédies satiriques au sujet des „Rapport du Génie du feu“ (Sớ Táo Quân)  pour critiquer subtilement toutes les „mauvaises“ choses de la vie de la société.
Je reprends ici un passage de mon texte déjà publié dans l‘article „la fête du Tết“:

Le gâteau de riz est un plat froid traditionnel à la fête du Tết, issu d’une croyance qui remonte à la nuit des temps : le 23 du 12ème mois lunaire, le Génie du feu du foyer prend une carpe rouge pour se rendre au ciel.  La coutume veut d’ailleurs que l’on achète un ou plusieurs poissons rouges vivants et qu’ on les libère dans une rivière, un cours-d’eau, un étang…. le même jour. Il rapporte au Dieu du Ciel tout ce qui s’est passé dans la famille, dans la société terrestre pendant l’année écoulée et il revient l’année suivante au foyer. Dès son départ, les foyers de la famille doivent rester froid, on n’allume plus le feu pour cuisiner ou chauffer. Après trois jours de Tết, la famille fait une offrande pour qu’il revienne, et on recommence à faire du feu.
D’après la tradition chaque foyer familial a trois feux pour cuisiner, un pour cuire le riz, un pour cuire la soupe et un pour faire un plat poêlé ou mijoté. Il existe une légende sur ses trois feux: Il était une fois, une femme riche dans un village. Il arriva que cette  femme donne à manger à un mendiant qui passait par là.  Puis elle a reconnu en lui,  son ancien mari. Voyant son mari revenir, elle dit au mendiant de se cacher dans le tas de foin. Son mari, accidentellement, y mis le feu. Sachant que le mendiant allait mourir brûlé, la femme, par remord, saute dans le feu. Le mari, voyant sa femme brûler dans le feu, s’y  jette aussi avec elle. Dieu a honoré l’amour et la loyauté de ces trois personnes, deux hommes et une femme, les a béatifiés comme génies du foyer, qui apportent le bonheur aux membres de la famille. Les offrandes aux génie du feu sont en fait une « corruption divine » pour qu’il ne raconte que de bonnes choses au Dieu, à la fin de l’année.

En fait, le Génie du feu vietnamien se compose de trois êtres légendaires: deux hommes ( Táo Ông) et une femme (Táo Bà).
À Hanoï, dès la mi-décembre lunaire, plusieurs femmes portent sur leurs balancelles des paquets d’habits du Génie du feu en vente: coiffe, habit et chaussures tout en papier peint en rouge et or brillant. Ce culte de Génie du feu est pratiqué sur tout le Vietnam. En passant à Đông Khê et la porte d‘Annam (Nam Quan) d‘un jour de décembre, brumeux et très froid, en voyant le feu des offrandes au bord de la route, je me disais, voilà, on est le 23, bientôt une année se termine ! Récemment à Hanoï toute une maison est partie en fumée « grâce au Génie du feu »! (un papier d’offrande enflamé poussé par le vent est entré par une fenêtre).
Quitté la zone climatique de la partie Nord du Vietnam, on a un autre symbole de la fête du Tet: Hoa Dao (fleur de prunus) au Nord, et Hoa Mai (fleur de Mai, à ne pas confondre avec le mois de mai) au Sud.
Les Hanoïens adorent aussi les glaïeul rouge, chaque famille embellit son foyer avec une branche de fleur de prunus et un bouquet splendide de glaïeul rouge. Ma mère, originaire d’Hanoï, n‘a jamais oubliée cette tradition, elle décorait  son foyer à chaque fête du Tết, à Saïgon, toujours avec un bouquet de glaïeul rouge et une branche de Hoa Mai. Aujourd’hui, je parcours Hanoï-Saïgon en avion, en voiture, en train quand je veux, mais à son époque, une fois quitté le Nord, pour ma mère, c’était une séparation sans retour, à cause de la guerre et de la convention de Genève 1954, qui coupait le Vietnam en deux parties, séparées au 17ème parallèle. Elle n’avait pu retourner au Nord, retrouver les tombes de ses parents, qu’après la réunification en 1975, après presque 50 ans de séparation de sa famille. MTT

Vente saisonière: les habits des Génies du feu en vente pour la cérémonie du 23 décembre lunaire - Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Vente saisonière: les habits des Génies du feu en vente pour la cérémonie du 23 décembre lunaire – Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Hàng Mã (Rue du Papier), rayon des objets en papier, offrandes de cultes - Photo:MathildeTuyetTran, Hanoi 2015

Hàng Mã (Rue du Papier), rayon des objets en papier, offrandes de cultes – Photo:MathildeTuyetTran, Hanoi 2015

Les femmes, venant de la campagne autour de Hanoi, vendrent les branches de prunus (cành đào) en vélo et à pied. Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Les femmes, venant de la campagne environnante de Hanoi, parcourent la ville en vélo et à pied pour vendre leurs branches de prunus (cành đào) . Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

La décoration avant la fête du Tết dans un restaurant à Hanoi, bien fréquenté par les touristes étrangers. Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

La décoration avant la fête du Tết dans un restaurant à Hanoi, bien fréquenté par les touristes étrangers. Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Fleur de prunus (Hoa Dao)

Fleur de prunus (Hoa Dao)

Fleur de Mai (Hoa Mai)

Fleur de Mai (Hoa Mai)

Les lumières du nouveau pont Nhật Tân, liant le nouveau terminal de l'aéroport Nội Bài au centre ville de Hanoi, vu d'un appartement deluxe à Hồ Tây (lac de lOuest) - ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Les lumières du nouveau pont Nhật Tân, liant le nouveau terminal T2 de l’aéroport Nội Bài au centre ville de Hanoi, vu d’un appartement de grand luxe à Hồ Tây (lac de l’Ouest) – ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr