À la découverte du vieil „Hanoï les 36 guildes“

À la découverte du vieil „Hanoï les 36 guildes“ – ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015

Tôt le matin et dans le froid on scie déjà sur le trottoir. Cette année, année du Cheval 2014, a treize mois, c’est à dire deux mois de décembre d’après le calendrier lunaire, et pour cause, la fête du Têt de la Chèvre est déterminée tard, au 19 février 2015. Les prunus, n’ayant pas suivi les calendriers imposés par l’homme, fleurissent à leur rythme naturel. Des centaines de femmes, levées à trois heures du matin, venant des villages de fleurs à l’extérieur de Hanoi,  parcourent en vélo et à pied la ville du matin au soir pour vendre quelques branches de prunus, une décoration obligatoire à la fête du Têt. Photo: ©MathildeTuyetTran, France2015

À ce jour, la vie populaire au Vietnam s’étale encore sur les trottoirs. Du Sud au Nord, même dans le froid et l’humidité ou sous les averses, beaucoup de gens vivent et travaillent sur les trottoirs, créant ainsi une animation vivante et de la gaieté pour les rues.

À Saïgon, Ho-Chi-Minh Ville, on voit les couturiers, ils installent leurs machines à coudre sur le trottoir et travaillent, en regardant les flots des véhicules qui passent, ou les écrivains publics assis avec leurs machines à écrire sous un parasol, comme au bord de la mer, ils écoutent attentivement les clients et discutent sur les formules à utiliser…À Đà Nẵng les pêcheurs réparent leurs petits bateaux ou panier-bateaux sur la plage…À Qui Nhon les gens de la mer, hommes et femmes tissent leurs filets de pêche au vent ou au soleil sur la plage…

Partout, sans parler des travaux dans les rizières, les forêts, les plantations, les mines, les commerçants ambulants, les « resto » rapide…, la population vietnamienne a l’habitude de travailler dehors, en plein air et par terre, sur les trottoirs des rues. Tout est fait par terre, pour profiter de la lumière naturelle, de l’air libre et de la place (sauf évidemment dans les usines à la chaine et à la mode Taylor, gardées par les miradors, comme dans un film de Charlie Chaplin, qui commencent à s’implanter au Vietnam).

Les savants économiques, partisans des exploitations massives, des productions industrielles à la chaine, critiquent depuis toujours ce mode de production à la main, à la pièce et surtout sur les trottoirs. Ils aimeraient mettre tout le monde, soit travailleurs dans une usine, soit chômeurs enfermés dans leurs quatre-murs, devant sa „boîte à enconnarder“ (d’après Philippe Noiret): la télé..

La liberté d´exercer d’un métier, n’importe lequel, comme on peut et où on peut au Vietnam, même sur les trottoirs, permet des millions de gens de vivre de leur travail, leur gagne-pain, leur capacité, leur savoir-faire d’une digne façon, et de garder d’un équilibre psychologique en sachant qu’on est utile et responsable envers la société. Le fait est bien reconnu, qu’un chômeur, non seulement hanté de ne pas avoir « trouvé » de travail, est malheureux et déprimé de se sentir « inutile » pour la société, trié par la société.

Spécialement à Hanoï, dans le vieux quartier, renommé dans l’histoire de la ville « Hanoï les 36 guildes » (Hà Nội băm sáu phố phường) avec leurs petites rues nommées d’après la concentration des magasins, ateliers, fabrication d’un produit ou d’un métier, quoique le nombre 36 n’est qu’une façon littéraire et poétique pour nommer le vieux quartier. Ce quartier, créé par des commerçants et les artisans depuis l’époque des dynasties Lý-Trần du 13 ème siècle, se compose en réalité de 76 rues sur une surface de 100 ha. Il se situe de l’est de l’ancienne citadelle de Hanoï jusqu’au Fleuve Rouge (Sông Hồng). On y trouve aussi des pagodes et des marchés, fixe sur place comme le marché Đồng Xuân, ou temporaire comme le marché du prunus au printemps dans la rue Hàng Đường, chaque année à l’occasion de la fête du Tết.

Les rues du vieux quartier portent souvent la désignation « Hàng », qui signifient rayon de marchandises, magasin, produits, issue du fait que les artisans/commerçants se regroupent et s’entraident mutuellement, sans véritable concurrence, en « village » de métiers/guildes.

Les rues attirent l’attention des promeneurs avec leurs sons, bruits et odeurs très caractéristiques. On dirait, chaque rue donne « son » spectacle, vivant, coloré, animé parfaitement et gratuitement du matin au soir. En regardant les « autres » travaillent courageusement, souvent souriant en plus, sur les trottoirs, on s’étonne pour leur bonheur, leur liberté d’exercer un métier, qui n’existent plus dans les pays occidentaux où tous est déjà méticuleusement administré, taxé, réglé, contrôlé et interdit de ceci et de cela.

Un artisan Hanoien très âgé m’a raconté qu’avant, il y avait des « portes » au villages des métiers, c’est à dire, des portes d’accès, gardées et fermées à chaque bout d’une rue. Chaque village de métier a son temple dédié au Génie du Village et au Maître créateur du métier. À ce jour, il reste quelques temples conservés dans le vieux quartier, très bien rénové pour présenter aux touristes comme le temple de Hàng Bạc, Hàng Buồm, coincé et annexé à moitié par la maison voisine comme le temple de Hàng Quạt, oubliés comme beaucoup d’autres.

Les membres d’un village de métier s’entraident et restent même soudés dans les situations extrêmes ou dans un environnement nouveau, par exemples en exil ou déplacement, délocalisation…..

Avec le temps et le changement des générations, les rues de métiers d’aujourd’hui sont déjà mélangées, certaines rues ne représentent plus d’un seul métier, ou quasiment « détourné » de métiers et produits, donc le nom de la rue ne correspond plus au métier ou produits en vente. Certaines noms de rues y compris métiers sont disparus, d’autres ont perdu leurs noms, mais il est encore un plaisir de découvrir l’implatation d’origine d’un métier, grâce aux quelques magasins restants, éparpilés entre les restaurants, les mini-hotels, les agences de voyages, les boutiques des vêtements , des valises… modernes de nos jours..

Parmi les rues (phố) du vieux quartier, les plus animées et les plus chers de Hanoï, les incontournables sont:

Hàng Bạc: Rue de L’argent, bijoux en argent, or, pierres précieuses,
Hàng Gai: Rue du Lin, vêtements, linge maison en soie, coton, lin, couturiers haut de gamme,
Hàng Đào: Rue de la Soie, vêtements industriels, prêt-à-porté standard, marché nocturne),
Hàng Bông: Rue du Coton, linge de lit, mais aussi imprimeries, librairies dans le temps de la colonisation française,
Hàng Trống: Rue des Tambours, tambours fait main, parasol de culte, peinture artistique, broderie,
Hàng Mã: appartenait à la Rue du Cuivre pendant la colonisation, produits en papiers, d’offrandes de culte, décoration en papier, objets votifs,
Hàng Quạt: Rue des Éventails, éventails, objets de culte, instruments de musique, ébénisteries,
Hàng Bồ: Rue des Paniers, mercerie
Hàng Da: Rue des Cuirs, mode prêt-à-porté standard
Hàng Buồm: Rue des Voiles, sucreries, gastronomies..,
Hàng Đường: Rue du Sucre, confiseries, sucreries,
Hàng Đồng: Rue du Cuivre, objets en laiton, cuivre,
Hàng Thiếc: Rue des Ferblantiers, objets en zinc, aluminium, inox…cuisine sur mesure, outils.

Les autres rues du vieux quartier, qui ne portent pas la désignation « Hàng », mais représentent une attraction touristique de ce jour, sont à citer:

Lò Rèn: Rue des Forgerons,
Lãn Ông: Rue de la médecine traditionnelle…., ça sent bon !
Mã Mây: mini-hotel pas cher, restaurants populaires,
Chả Cá: ancienne Rue de la Laque, restaurant de poisson frit dans la graisse de chien (!),
Gia Ngư: canard rôti, poulet rôti, petit marché du matin au soir, fleurs,
Đinh Liệt: laine synthétique, foulard, bonnet, sous vêtements,
Luong Van Can: jouets, peluches, souvenirs, lunettes,
Tạ Hiền: restaurants pour touristes, bars, cafés, soi-disant « le food-market » de Hanoi pour les „Tây Balô“ (voyageurs occidentaux avec sac-à-dos).

Les vrais Hanoiens aiment la collection des oiseaux chanteurs, précieux. Levez les yeux, on voit les cages des oiseaux sur les balcons, protégés avec du tissu contre le froid et le soleil, mais le ciel de Hanoï, de plus en plus couvert de poussière de pollution ne permet plus aux oiseaux de vivre dans la nature. Prenez le temps à regarder l’architecture des maisons dans le vieux quartier, le mélange du vieux, du moderne, du m’as-tu-vu, du abandonné, du n’importe-quoi…vous faire découvrir à rire et à secouer la tête, en même temps, cet atmosphère « bizarre » vous donne une impression de la force du temps à la bouddhiste: Rien ne résiste au temps!

Chaque fois que j’ai l’occasion de retourner dans ce vieux quartier de Hanoï, en me promenant, coincée par les motos, les marchandes ambulantes, les poubelles, les tas d’ordures, les cages des poules…, il y a de tout mais pas de place pour les piétons, je cherche à regarder les anciennes maisons d’antan avec leurs toits rouge, structure en bois, un étage, comme celle de la rue Mã Mây, conservée avec l’aide de la ville de Toulouse.

Hanoï est reconnue comme une des villes les plus débordée d’ordures au Vietnam, pourtant elle est la capitale. J’ai mis du temps pour regarder les gens qui ramassent, collectent les ordures dans les rues, ils travaillent très dur, sans cesse et nettoient bien propre, mais une fois le dos tourné, les autres ont jeté de nouveau toute sorte d’ordures dans la rue, surtout les « resto » rapide sur les trottoirs. Chaque soir, vers cinq heures, j’entends le son de timbale des « poubelliers », appelant les gens à sortir leurs sacs de poubelles, leurs « voitures de poubelles » poussées à la main et à pied sont rapidement pleines à craquer. À la fête du Tết, même jusqu’à 15 minutes avant la fin de l’année lunaire, ils nettoient encore les rues de Hanoï, pour qu’elles soient propre au Nouvel An lunaire. Mais, hélas, leur travail de Titan de dure pas longtemps, après une demi-journée de propreté du premier jour de la fête du Tết, les gens jettent déjà leurs ordures partout, dans les rues. En fin de compte, dans le vieux quartier de Hanoï, je retrouve l’atmosphère familière de ma jeunesse que la ville de Saïgon, aujourd’hui Ho-Chi-Minh-Ville, a perdu, elle est devenu nouveau-riche, trop riche, trop luxe, trop mondaine et trop étrange pour moi, une fille du Saïgon d’antan.MTT

Trier le thé vert à la main et sur les genoux !  Fabrication artisanale du thé vert de Thai Nguyen. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, France2015

Trier le thé vert à la main et sur les genoux ! Fabrication artisanale du thé vert de Thai Nguyen. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, France2015

La Rue des Ferblantiers est toujours très animée, ils travaillent de tout les côtés. Même le trottoir ne donne pas assez de place, on confisque et occupe la voie de circulation des motorisés pour scier, mesurer, assembler, souder...de plus en plus d'inox qui remplace le fer blanc zingué! Photo: ©MathildeTuyetTran, France 2015

La Rue des Ferblantiers (Hàng Thiếc) est toujours très animée, ils travaillent de tout les côtés. Même le trottoir ne donne pas assez de place, on confisque et occupe la voie de circulation des motorisés pour scier, mesurer, assembler, souder…de plus en plus d’inox qui remplace le fer blanc zingué! Photo: ©MathildeTuyetTran, France 2015

Dans la Rue des Éventails (le vernissage des objets en bois sculpté minutieusement est un travail "qui semble réservé" aux  jeunes femmes

Dans la Rue des Éventails (Hàng Quạt) le vernissage des objets en bois sculpté minutieusement est un travail « qui semble réservé » aux jeunes femmes. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015

Les ébénistes dans la Rue des Éventails travaillent aussi par terre sur le trottoir, sans table et sans chaise. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Les ébénistes dans la Rue des Éventails travaillent aussi par terre sur le trottoir, sans table et sans chaise. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Les touristes étrangers s'étonnent en ne voyant que des femmes au travail, mais où sont les hommes ? Elles plantent les parterres géants de fleurs autour du lac, elles réparent les dalles cassées du trottoir, elles ramassent les ordures... Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015

Les touristes étrangers s’étonnent en ne voyant que des femmes au travail, mais où sont les hommes ? Elles plantent les parterres géants de fleurs autour du lac, elles réparent les dalles cassées du trottoir, elles ramassent les ordures… Photo: ©MathildeTuyetTran, Hanoi 2015

Ah voilà quelques hommes vêtus en jaune qui sont en train d'installer des nouvelles guirlandes de lumière sur la Tour de la Tortue au milieu du lac de l'Épée restituée pour la fête du Têt 2015. Ils transportent les outils et matériaux dans une barque. La vieille tortue, qui a fait une sensation médiatique lors de sa maladie en 2014, a été sortie du lac, soigné, guérie, a retourné dans son lac. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015

Ah voilà quelques hommes, l’espèce trop bien chouchoutée au Vietnam, vêtus en jaune qui sont en train d’installer des nouvelles guirlandes de lumière sur la Tour de la Tortue au milieu du lac de l’Épée restituée pour la fête du Têt 2015. Ils transportent les outils et matériaux dans une barque. La vieille tortue, qui a fait une sensation médiatique lors de sa maladie en 2014, a été sortie du lac, soignée, guérie, a retourné dans son lac. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015

Les fondeurs de bronze travaillent aussi par terre, en chemisette et panta-court, sans aucune protection. Photo: ©MathildeTuyetTran, France 2015

Les fondeurs de bronze travaillent aussi par terre, en chemisette et panta-court, pieds nus, sans aucune protection. Photo: ©MathildeTuyetTran, France 2015

La boutique d'un horloger sur la Rue du Coton (Hàng Bông) mesure 1,2m x 1,2m, soit 1,44 m². Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015

La boutique d’un horloger sur la Rue du Coton (Hàng Bông) mesure 1,2m x 1,2m, soit 1,44 m². Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015

Un petit garçon apprend à utiliser la tablette de son jeune papa sur le trottoir, au café trottoir. ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Un petit garçon apprend à utiliser la tablette de son jeune papa sur le trottoir, au café trottoir. ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Resto pas cher "Un nouveau jour" (Mot ngay moi) pour les petits budgets touristiques dans la rue Ma May. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Resto pas cher « Un nouveau jour » (Mot ngay moi) pour les petits budgets touristiques dans la rue Ma May. Photo: ©Mathilde Tuyet Tran, Hanoi 2015 – http://mttuyet.fr

Une ancienne maison conservée à Hanoi, rue Mã Mây. Photo: MathildeTuyetTran, France2015

Une ancienne maison conservée à Hanoi, rue Mã Mây. Photo: MathildeTuyetTran, France2015